Petits petits mots

[fermer]


  Ce sont des textes, des propos sur des monsieurs qui ont réalisé de belles choses. Enfin, nous les trouvons belles. Oh ! « nous », c'est une drôle de façon de parler de soi quand même.
  Il y a un monsieur du sud. Même pas du sud de la France, mais de l'Espagne.
  Quand même l'Espagne, c'est un pays différent.
  Et puis il y a des monsieurs de différents lieux de France. Même pas de Paris.
  Quand même la France, c'est un pays différent.
  D'abord, il s'agira de dire un peu d'eux, et ensuite un peu de leurs œuvres. Ils sont tous si mignons. Et leurs œuvres, comme elles sont charmantes, si vous voyiez cela !
  C'est vrai, c'est désolant de ne parler ici que des monsieurs. Leurs œuvres disent un peu plus des madames. Il n'aurait pu s'agir que des madames bien sûr. Il en s'agira. Plus tard.

Un monsieur

[fermer]


PICASSO


  Dans un atelier d’en haut, ou peut-être d’en bas d’une maison grande, allait un vieux, pas encore un vieillard mais un vieil homme, avec quelques pinceaux peut-être du bout des doigts qui pinçaient tantôt, ou qui peignaient parfois tout de suite sûrement, sans passer par les poils. Des doigts ça sait peindre après tout mais qu’importe nous n’en savons rien grand-chose. Nous savons qu’il peignait et c’est déjà pas mal de le savoir et se le figurer. Nous savons aussi qu’un jour de 1965, et probablement plusieurs jours de 1965 à la file, après un petit déjeuner copieux il peint un tableau. Et comme il le peint il le signe, pour pas qu’on lui pique, ou qu’on dise que c’est un autre et donc pas lui. Des gens disent parfois que c’est pas eux. Ils disent aussi que c’est les autres. Ils disent. Il ne faut pas les laisser faire. Comme il s’appelle Pablo Diego José Francisco de Paula Juan Nepomuceno María de los Remedios Cipriano de la Santísima Trinidad Mártir Patricio Ruiz y Picasso, il signe Picasso seulement, afin qu’il reste un peu de place sur le tableau et que l’on voie ce qui s’y passe. Bien sûr une signature seule ne suffit quand même pas sur un tableau, il faut bien un peu de traits, et un peu de couleurs aussi quand c’est possible et si elles s’accordent bien avec les traits. Il faut que ça aille avec le canapé aussi, sinon !
  Mais ça ne pouvait pas vraiment aller avec le canapé car Picasso a peint ces jours-là 195 cm de haut et seulement 96 cm de large. Il valait mieux alors que le tableau n’aille avec rien pour éviter tout malentendu. Oh bien sûr le tableau pouvait être tourné mais le titre étant La Pisseuse il montre donc une pisseuse. C’était quand même plus commode pour elle de pisser debout que couché n’est-ce pas ! Et puis, il ne faut pas trop exiger d’une pisseuse ; on ne sait jamais. D’ailleurs, passons à la deuxième partie, autrement dit, passons à autre chose. Autre chose a toujours son bout de nouveauté. Et la nouveauté, comme disait monsieur Prévert, le voisin, c’est vieux comme le monde, alors !


  Deuxième partie


  Dans un endroit plus au nord, ou la peinture a tradition depuis un bout déjà, comme on dit, s’éveille un homme, comme ça, par les oreilles car à côté pas loin la voisine ronfle, à côté du voisin qui ronfle aussi sans tout mélanger avec elle et qu’importe. Il arrive ainsi vêtu d’un joli regard à la ville et comme il arrive il arrive avec un tableau, beau, avec de belles couleurs, des angles à quatre-vingt dix degrés, gentils qui s’entendent bien avec les couleurs et se disent de jolies choses d’importance. Comme il est beau, le tableau peint en 1654 en 1831 arrive à la Galerie nationale de Londres. Tous les tableaux de la galerie ne sont pas beaux, mais celui-là est beau. Et puis, si un tableau est moche, c’est sûrement de sa faute, ou de la faute du peintre, qui aime les choses qui sont quand même un peu moches, ou moins belles, ou pas si belles, que les autres. Encore de la faute aux autres on dirait. Ou, pire encore, si un tableau est moche, c’est sûrement de la faute au regardeur, qui croit en la mocheté. Il faut être prudent avec les regardeurs. Il vaut mieux s’assurer de ce qu’ils aiment et croient avant de les laisser regarder ce que vous croyez qu’ils aiment. D’abord, pourquoi vous-mêmes croyez-vous ! C’est de votre faute alors !
   C’est comme ça, ma foi. La galerie est une galerie très accueillante, où beaucoup de monde sont déjà ; Fragonard, Rembrandt, Rubens, Constable. Tous à se balader sur les murs pour ne pas trop encombrer les pièces. Entre temps le tableau a dû être par-ci par-là pourvu qu’il ait été regardé, observé, admiré et son titre dit Vrouw badend in een rivier en hollandais. En français, d’aujourd’hui il dit Jeune femme se baignant dans la rivière et il s’agit en effet d’une jeune femme se baignant dans une rivière, de Rembrandt. Comme le titre dit tout du tableau, on se demande, en bien réfléchissant pourquoi il y a un tableau après tout, mais il y a un tableau et il arrive à pied au musée, pour éviter peut-être qu’à cheval le cheval se cambre et fasse tomber la jeune femme qui se baigne. Elle se baigne quand même, c’est tout à fait intime pourtant elle le fait devant tous ces gens qui viennent regarder le tableau. Il ne faudrait pas qu’elle soit embêtée parce qu’un cheval trottine.

  Trottiner, c’est comme ça. Il aurait pu trotter, ou galoper, ou pédaler ou plancher à roulette, ou comme il voulait. Mais passons à la troisième partie pour engager un autre sujet, un peu plus sérieux à la fin.


  Troisième partie


  Dans les années 20, du XXe siècle, mais sûrement dans une maison, allait un homme, ou une femme, enfin quelqu’un. Comme la maison était grande et même très grande il invente, ou elle, la trottinette, comme ça ; une roue une roue une planche un guidon. Sûrement que devant chez lui passaient des trottins ; ces femmes souvent et employées que l’on chargeait d’aller faire des courses en ville en nous rendant la monnaie s’il vous plaît. Alors elles souvent allaient en trottinant, en faisant des pas réguliers de préférence et les plus grands possibles et même impossibles si possible, et un peu plus rapides que ceux des autres, pour ainsi se distinguer. Des gens sont distingués. Il faudra vérifier tout ça, toutefois.
  Bien sûr et par chance elles trottinaient sur le trottoir, qui étaient pour ça.
  Mais revenons à la deuxième partie qui n’était peut-être pas achevée complète.


  Deuxième partie, suite


  Dans sa maison Picasso, en peignant La Pisseuse copie le tableau de Rembrandt dit-on. Allez savoir. Le tableau est un peu différent, disons légèrement et il s’agit d’une vision « argotique » nous dit le musée Pompidou. Les musées disent beaucoup de choses.
Il faut enfin signaler que Picasso, quelque temps auparavant, a lu un livre, et peut-être même un autre. L’un d’eux s’appelle Otras InquisicionesAutres inquisitions et l’un des textes est Sobre el Vathek de William Beckford – Sur le Vathek de William Beckford, un texte de William Beckford à propos duquel Borges dit de l’original qu’il est infidèle à la traduction. Quand même, si Rembrandt avait su.
 

Un autre monsieur, première présence

[fermer]

WATTEAU

  Dans une maison de petit confort et longue atmosphère, de cinq lits de large et trois de long, des lits de taille indifférente, s’asseyait un jeune homme, en 1716, né en 1684, pour que ça fasse tout pile 16 ans de chaque côté de 1700, et pouvoir se balancer facilement entre les ans, et entre les âges. Il faut se balancer.
   Tous les jours ou quand il avait le temps qu’il prenait souvent, le loisir ou l’envie il s’asseyait et s’asseyant il peignait, parfois mangeait mais la plupart du temps mêlait les couleurs, sans s’emmêler les pinceaux, pour ne pas faire comme l’expression dit. Il vaut mieux ne pas copier toujours les expressions. Il faisait ainsi pour avoir quelque chose à faire, les yeux ouverts bien sûr mais chez les peintres les mains ont parfois de beaux yeux c’est magique. Il peignait sur une toile, et peignait un tableau pour faire d’une pierre deux coups comme on dit et l’on pouvait bien vouloir aussi dire d’un coup deux choses ; peindre sur une toile et peindre un tableau en un coup de pinceau. Mais ce serait un peu tiré par les cheveux, et peignant son tableau il le peignait sûrement en intérieur, de jour et qui montrait un extérieur, de jour aussi mais peut-être de la fin du jour. Des fins du jour étaient courantes à Paris en 1716, certaines s’attardaient sur les terrasses de quelques maisons ou autres lieux à terrasse, ou sur un coin de roche, un parvis, une herbe, ou les jardins du Louvre alors en augmentation. Peut-être, et peut ne pas être après tout.
   Comme il s’agissait de deux cousines le tableau se nommait précisément Les deux Cousines ils étaient trois ; des personnages, des personnes et des personnalités tour à tour l’un l’autre au coin dans le tableau. Pas au piquet bien sûr mais dans un tableau il y a des coins et parfois l’on y est. C’est pour faire la différence avec la nature où il n’y a pas vraiment de coins. Il y a des petits coins comme on dit, mais. Le coin s’étendait sur un bon tiers du tableau, comme ça ; un bon tiers du tableau et dans le reste il y avait des bosquets, un jardin, un ciel, un peu de vent, mais à peine visible et le chant des oiseaux, une hirondelle du printemps et un pigeon, du printemps aussi, au cas où avec l’hirondelle y a moyen, et par amitié pour le printemps sûrement, qui aime les oiseaux.
   Le pigeon est gentil, mais quand même avec une hirondelle c’est pas sûr, ou c’est pas gagné certains disent. Comme le pigeon existe sous cette forme-là depuis le XIIIe siècle il a donc appris à être gentil et il était différent, et signifiait « petit d’un oiseau ». Il n’existait pas avant comme son nom n’est attesté nulle part avant le XIIIe siècle et il est bien présent depuis longtemps et partout présent, devant les cathédrales, sur les places Saint-Marc, à l’abbaye saint Pierre de Senones et peut-être sur la route du Tokaïdo, mais au Japon les pigeons ne s’appellent pas pigeon.
   Il y a aussi sur ce tableau les parfums des fleurs cachées derrière le bosquet, plutôt un tilleul à gauche à l’âge grand. Les parfums sont aussi cachés bien entendu. Un arbre ne dit pas facilement son âge et comme il faut couper une tranche pour cela il faut faire appel à la dendrochronologie. Ce n’est pas facile mais l’arbre n’est pas coupable, même en s’y prenant avec délicat il n’est pas possible de lui en couper un bout. Un tableau ne permet pas que l’on fasse une coupe dedans. C’est peut-être à cause de la dendrochronologie, qui est un mot difficile à prononcer sans élan et à se rappeler, et même en le décomposant en trois mots grecs mis bout à bout dans la tête ; dendron, l’arbre, khronos, le temps et logia, le discours. Il s’agit donc pour l’arbre de dire son temps. Voilà.

Deuxième partie


   Dans une maison de petit confort et longue amitié, avec la peinture amicale aussi et c’était par hasard la même maison s’asseyait le même peintre, peut-être par hasard aussi et pour ne pas tout confondre, et comme il était peintre il s’appelait Antoine et Watteau. Certains prononçaient Antoine Antoine et d’autres prononçaient Watteau Watteau ; il était donc Antoine pour les uns et Watteau pour. Ils avaient sûrement de bonnes raisons et c’était bien, plutôt que Galileo Galilei. S’il s’était appelé Galileo Galilei il serait alors devenu astronome, par respect pour l’histoire qui nous a déjà raconté cette histoire, et pour ce que les gens savent, ou croient. Ceux qui ne savent ou ne croient pas c’est ainsi. Pourvu qu’ils savent qu’ils ne savent pas.
   Il peignait à la vertical avec son bras souvent à l’horizontal un peu ; il aimait peut-être la géométrie et comme il peignait sur de la toile et que ça allait devenir un tableau il y avait trois personnes. Il y aurait bien pu y avoir quatre personnes mais le tableau se nommant Les deux Cousines et déjà qu’ils étaient trois, il ne pouvait pas non plus mentir à ce point-là. Une cousine d’un côté debout, une cousine d’un côté mais de l’autre assise et tout au bout du banc près du bord droit un jeune homme mais en tout cas un homme. Bien sûr la cousine et la cousine qui étaient là aussi mesdemoiselles ou mesdames étaient peut-être jeunes femmes mais en tout cas des femmes. D’autres cas sont donc. Et puis toujours à gauche le bosquet et encore plus à gauche une grande forêt, un loup comme parfois dans les grandes forêts et si seulement un chaperon rouge pour le loup s’il vous plaît aussi, mais comme la peinture est limitée par le tableau on ne voit pas le reste. Des restes ne sont pas toujours bien visibles. Parfois même il ne vaut pas mieux. Mieux pas.
    La jeune femme debout du tableau était la seule. Comme elle était aussi la seule à regarder devant, elle devait être aussi la seule à voir les fleurs derrière l’arbre ou bosquet ou tilleul selon. Des fleurs se cachent parfois et il faut s’en approcher par le côté gauche du tableau, pour ne pas gêner les gens qui sont des fois gênables et sentir que ces fleurs y ont là quelques parfums galants. Monsieur Watteau est un homme très galant. Il galante. On pourrait même cueillir l’une de ces fleurs et l’offrir à une belle femme qui passerait dans le coin. Des belles femmes passent dans les coins. Oh mais comme ça hein !
   Il ne faudrait pas vouloir y chercher là une explication outrangulaire. Et comme ici aucune femme ne passe dans le coin il n’y en a pas, une rose passe d’une main à l’autre et qui n’est pas la sienne mais de la voisine la cousine. Pas Bécassine. C’est ainsi. Et elle nous tourne le dos et tourne le dos aussi à Watteau, alors.
    L’autre jeune femme qui était une cousine cousinait, sans pour autant fraterniser quand même hein, leur position et attitude n’indiquaient pas une si grande proximité et elle était assise, pour l’équilibre probablement. Le jeune homme pour ne pas imiter l’une ou l’autre préférait s’incliner, et comme il avait une rose dans la main ça tombait bien. Il faut dire ici qu’une rose dans la main d’un homme en présence d’une femme a des chances de se retrouver dans la main de cette femme encore en présence de cet homme c’est pas mal.
   Offrir une rose à une femme assise c’est une chose qui se fait et si elle doit se tourner pour cela c’est une chose qui se fait moins. Et comme le jeune homme était incliné il pouvait bien offrir la fleur à la jeune femme qui par hasard avait dû tourner la tête au même moment, du bon côté et quand même pas trop pour éviter d’avoir un tourticolis. Un tourticolis est une chose qui se fait parfois quand le corps ne tourne pas en même temps que la tête avant ou après, le cou faisant un mauvais tour, et, séduire une femme tourticolée n’est possible qu’avec l’habitude.
   D’autres fois ce sont les femmes qui font tourner la tête aux hommes, quand une femme passe ou quand une femme reste selon. Mais les hommes n’ont qu’à pas tourner la tête.
   Voilà. D’ailleurs le titre ne dit rien du jeune homme. C’est plus simple et les deux cousines ne sont ainsi pas jalouses de sa présence puisqu’il est absent dans le titre et n’est donc pas nommé. Et pis c’est tout.

Un autre monsieur, deuxième présence

[fermer]


WATTEAU

  Dans une maison de ville, à Valencienne en été comme en hiver, ou ailleurs aussi dans l’année marchait un jeune homme, comme ça, gauche droite gauche droite gauche droite. S’il faisait parfois gauche droite gauche gauche droite c’est qu’il marchait à cloche pied ça arrive, et que son pied droit ne touchait pas terre. Parfois l’on ne touche pas terre. Un objet pouvait faire obstacle au pied droit, ou il jouait peut-être à la marelle. Le pied gauche aussi bien sûr jouait par empathie au pied droit. La marelle se joue depuis le XIIe siècle en France, un jeune homme de Valencienne a bien pu y jouer chez lui entre sa cuisine et sa chambre aux environs du XVIIIe siècle. XVIII est du romain, en français on dit 18, en italien on dit 18 et en russe on dit 18. Les Romains vivant il y a si longtemps ne savaient pas encore dire 18. Voilà.
  Comme il est né en 1684, c’était le XVIIe siècle. Un 10 octobre, pour que ça fasse tout pile 10/10 et c’était un jour agréable pour naître. Une bonne naissance ne doit pas être dérangée et il était de bonne naissance comme on dit. Il est alors prénommé Jean-Antoine et ne gardera que l’Antoine une fois qu’il se prénommera lui-même, et il naît en plein jour, de bonne heure peut-être, avec les oiseaux ou de moins bonne heure, et peut-être même en pleine nuit, comme ça, pour dire, parce que si c’est pas l’un c’est l’autre et rien n’est sûr comme l’heure n’a pas été relevée. Les horloges sont alors une invention toute nouvelle et sont peu par-ci par-là. Elles sont même plutôt seulement là, ou là-bas et quand elles y sont il faut régulièrement les remonter, comme ça, cre-cre-cre, et avec talent, pour qu’elles ne perdent pas la bonne heure, la bonne minute et un peu aussi la bonne seconde mais peu importe pas tant.
L’invention du talent n’était pas nouvelle mais la petite aiguille n’est découverte qu’à la fin du XVIIIe siècle, certainement par association d’idées en regardant les aiguilles d’un pin au crépuscule avec la lune en fond.
  Une telle découverte de l’aiguille est presque avant-hier en comparaison de l’âge préhistorique du talent.
  Comme il s’appelait Antoine à sa naissance et que cela ne suffisait pas pour traverser les siècles, et que par hasard ses parents avaient le nom de famille Watteau, qu’ils ont reçu, pour la mère de son mari et pour le mari de son père il s’appelait Antoine Watteau, en probablement toute sympathie. C’était un nom qu’il portait bien comme l’on porterait bien un gant s’il fallait comparer et qu’il portait assez gentiment, dont l’origine, picarde, disait-on aimablement, signifierait « gâteau ». Bien sûr, comme il y a toutes sortes de gâteaux, le choix est large, du gâteau au fromage au gâteau aux carottes etc. Nous aurions alors Antoine Watteau au fromage, ou Antoine Watteau aux carottes et toute sa vie il sera Antoine Watteau par simplicité, après sa vie aussi et enfin après sa mort, le 18 juillet 1721. Après tout, mourir un jour n’est pas moins valable qu’un autre.
  Comme il peint il est connu comme peintre. C’est comme ça que l’on parle de lui au musée du Louvre, au musée Condé ou encore au musée de l’Ermitage. Des gens parlent de lui. Ils sont gentils et même très. Quand l’on parle de lui à la collection Wallace, en plein milieu du carré Manchester à Londres on dit Ouatteau en période de rivalité avec la France. La France a des rivaux. Les rivaux aussi. Il est aussi connu à l’époque en Prusse, qui n’est pas loin de France et où il y a à Dresde, en 1763 un petit village de côté, que l’on peut atteindre à cheval en quelques jours, sur le cheval pour parcourir les 260 km mais en été les fleurs s’épanouissent déjà, le chemin est parfumé et les pas ralentissent peut-être pour cela. Il y pousse entre autres des fleurs petites au parfum délicat, comme ça ; un parfum comme un objet fragile, qu’il ne faudrait pas casser. Un parfum peut se casser bien sûr, si l’on place à côté un sportif qui transpire. Il faut se méfier, ou du moins être prudent ou faire attention avec les sportifs à l’approche des fleurs, peut-être aussi à l’approche du printemps alors. Il y pousse aussi sur ce chemin de Dresde au village des fleurs un peu moins petites au parfum différent, et des fleurs enfin de toutes tailles, dont on apprécie le parfum au touché, et elles sont toutes colorées, selon les laines, les soies et les cotons, sauf les blanches qui sont blanches. Des gens disent que le blanc n’est pas une couleur. Ils sont probablement malintentionnés. Il vaut mieux être prudent avec de telles personnes hein !
  Chaque fleur a heureusement son nom propre pour être différenciée, mais l’on aurait pu les nommer par le parfum. C’est un choix voilà.


Deuxième partie pour ne pas trop tarder après tout


  Dans un coin de ville en Prusse, à 260 km de Dresde et le chemin est long à cheval ; tateu tateu tateu, se frotillait un village, nommé Gangloffsömmern et prononcé « un petit village de Prusse » en France, pour ne pas trop exagérer la difficulté et c’est là que naît le comte de Brühl, un homme plutôt différent, en 1700, pour correspondre plus ou moins aux années de Watteau, prononcé sûrement Fatteau en Prusse, qui est l’autre pays de la Germanie ou pas loin, et qui vit ensuite à Dresde assez rapidement jusqu’à la fin, avec une collection de tableaux d’époque, en tous genres et sans trop théoriser sur le genre bien sûr et le tout accompagné d’autres objets collectionnables.
  Il achète depuis longtemps, ne revend presque jamais et surtout meure en 1763, tranquillement et sans rien dire, et Catherine II de Russie, qui n’est pas trop loin finalement, décide que ce ne serait pas mal d’acheter environ 600 tableaux en 1765 de sa collection presque toute. Elle se marie d’abord en 1745 avec Pierre III, alors duc en Prusse au moment du mariage et empereur de Russie bien après, en 1761, pour si peu de temps, comme il meurt en 1762, mais après son empereurage bien sûr, même faible, et tout naturellement dans l’ordre des choses. Il meurt moins naturellement disait-on alors, avec le soutien de son épouse ; Catherine ici présentée qui peut donc enfin régner seule. C’est royal comme on dit maintenant même si elle est impératrice. Des gens disent c’est royal. Ils pourront désormais dire aussi : c’est impérial.
  La collection, du comte de Brühl, achetée par Catherine la deuxième de Russie d’Allemagne, enfin de Prusse, arrive en 1769 au Palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg et Antoine Watteau y est aussi, en 18 propositions différentes, certaines sur toile, exactement neuf et autantes sur papier, pour l’équilibre et éviter qu’une fois sur les murs il n’y ait de jalousie d’une œuvre à l’autre ; gravures fusains et sanguines. Une jalousie peut être sanguine elle aussi. Elle peut aussi ne pas l’être comme disait Hamlet, ou Hameau après tout comme nous écrivons en français.
  Aux fenêtres, des jalousies apparaissent facilement. Elles pouvaient empêcher que les choses ne se voient comme elles sont. Il faut être prudent avec les fenêtres hein ! et peut-être avec les jalousies aussi.


Troisième partie


  Dans une maison, près d’où les tigres il n’y en a pas, les éléphants pas non plus, c’était en France alors, peignait un jeune homme, un tableau c’était mieux et qu’il appelait Une Proposition embarrassante, parce qu’un jeune homme essayait de proposer à une jeune femme sûrement, quelque chose pour ne pas avoir l’air de bayer aux corneilles et l’on n’en sait rien.
  Excusez-moi ce français ‘trange c’est la fin faut ‘ler vite, et pis la musique ‘y a sur le tableau comme la moitié d mes paroles. V’là.
  C’est d’lleurs peut-être à cau des musiciens et leur présence que la proposition est embarrassante. Sans eux le jn’omme qu’a l’air un peu g’lant proposerait sûrement sans s’embrrasser à la jeune femme qu’a l’air un peu g’lant aussi n’est-ce pas ! qu’a l’air d’être g’lante enfin !

Publication

[fermer]


  Ces textes sont publiés dans un recueil, qui comprend :

imprimé à 100 exemplaires, numérotés, aux éditions Clément Courrèges, en vente à 20 €.

  Disponible à la boutique de la Savonnerie de la Principauté à Senones, ou sur commande.